SAN FRANCISCO — Dans un élan de franchise inattendu, LinkedIn a annoncé hier le lancement d’une nouvelle fonctionnalité révolutionnaire : le bouton « Je mens aussi sur mon CV ». Disponible dès ce mois-ci pour tous les utilisateurs premium, cette option permet aux candidats de signaler eux-mêmes les exagérations, omissions ou inventions pures et simples figurant sur leur profil, « pour plus d’honnêteté et moins d’hypocrisie », selon un communiqué du réseau social professionnel.
Une réponse à l’hypocrisie ambiante
Les chiffres sont implacables : 93 % des CV contiennent au moins une inexactitude, selon une étude interne menée par LinkedIn. Entre les « maîtrises parfaites » de logiciels jamais ouverts, les « responsabilités managériales » se résumant à avoir supervisé un stagiaire pendant une semaine, et les « compétences en leadership » acquises lors d’un week-end de team-building, le mensonge est devenu la norme. « Nous avons décidé de briser le tabou, déclare Jennifer Shorenstein, directrice produit chez LinkedIn. Si tout le monde triche, autant le faire de manière transparente. »
Le bouton, représenté par un petit smiley clignant de l’œil, permet aux utilisateurs de cocher les sections de leur profil qui relèvent davantage de la fiction que de la réalité. « Maîtrise courante de l’allemand » ? Un clic sur le bouton révèle : « J’ai commandé une bière à Berlin en 2012. » « Expert en gestion de crise » ? La vérité éclate : « J’ai survécu à une réunion où le vidéoprojecteur ne marchait pas. » « Réorganisation complète d’un service » ? « J’ai déplacé deux plantes vertes. »
Un succès immédiat (et inattendu)
Depuis son lancement en version bêta, la fonctionnalité a été utilisée par plus de 2 millions d’utilisateurs en 48 heures. *« C’est libérateur, témoigne Thomas R., cadre dans la tech. Avant, je devais inventer des projets pour combler les trous dans mon parcours. Maintenant, je peux écrire : ‘2019-2020 : Période de doute existentiel, principalement passée à regarder des tutoriels Excel sans les finir’ et hop, c’est validé ! »
Les recruteurs, eux, sont partagés. « D’un côté, ça nous fait gagner du temps, admet Claire L., DRH dans un grand groupe. Plus besoin de vérifier si untel a vraiment ‘doublé le chiffre d’affaires’ de son ancienne boîte. D’un autre côté… on se rend compte que 80 % des candidats n’ont aucune des compétences qu’ils prétendent avoir. » Certains employeurs y voient même une opportunité : « Si un candidat coche ‘Je mens sur ma maîtrise de Python’, mais qu’il a au moins l’honnêteté de l’avouer, c’est déjà un point positif », confie un responsable RH.
Les dérives inattendues
Certains utilisateurs poussent le concept à l’extrême. « J’ai coché ‘Je mens sur tout’, ça m’a valu trois entretiens en une semaine, raconte Sophie T., consultante. Les recruteurs adorent l’audace. » D’autres en profitent pour transformer leur profil en œuvre d’art post-moderne : « Sous ‘Expérience professionnelle’, j’ai écrit : ‘J’ai survécu au capitalisme tardif’ et j’ai coché la case. Résultat : deux offres d’emploi. »
LinkedIn envisage déjà d’étendre la fonctionnalité. « Pourquoi s’arrêter aux CV ?, s’interroge Jennifer Shorenstein. On pourrait ajouter un bouton ‘Mon entreprise exagère aussi sur sa culture d’entreprise’ ou ‘Mon poste est inutile, mais chut’. » Une idée qui séduit déjà les salariés en bullshit jobs (emplois inutiles), ravis de enfin pouvoir le dire officiellement.
Reste une question : que faire des 7 % de profils qui ne contiennent (apparemment) aucune inexactitude ? « Soit ce sont des saints, soit ce sont les pires menteurs de tous, tranche un expert en ressources humaines. Dans les deux cas, méfiance. »

