À Sant’Antone-di-Più-Macchia, petit village corse perché entre mer et montagne, la modernité frappe parfois à la porte… avant d’être poliment invitée à revenir plus tard. Dimanche dernier, les habitants ont été appelés à se prononcer sur une question cruciale, presque existentielle : faut-il enfin installer un feu rouge à l’unique carrefour du village ?
Le résultat a été sans appel : 98 % de « non », 1 % d’abstentions (parce que Tonton François dormait), et 1 % de bulletins blancs (parce que Marie-Thérèse a confondu avec le vote pour la fête du village).
« Un feu rouge ? À quoi bon ? », s’exclame Jean-Baptiste, 78 ans, assis sur un banc devant le café du coin. « Ici, on gère les priorités à l’instinct, à la corse. Un regard, un hochement de tête, un coup de klaxon… et hop, c’est réglé ! »
Les arguments contre le progrès (ou presque)
Les opposants au feu rouge ont avancé plusieurs raisons, toutes plus légitimes les unes que les autres :
« Ça gâcherait le paysage. » (Un panneau STOP, c’est folklo ; un feu rouge, c’est du mobilier urbain.)
« On n’a pas besoin de ça pour savoir qui passe. » (La priorité à droite, c’est comme la vendetta : ça se règle entre familles.)
« Et puis, qui va payer l’électricité ? » (Argument imparable.)
« Si on met un feu rouge, après, ils voudront nous mettre un rond-point. Et puis un Lid’l. Et puis c’est la fin de tout. » (Prophétie apocalyptique locale.)
Un jeune du village, Antoine, 25 ans, a tenté de plaider pour le « oui » : « Mais… et la sécurité ? »
Réponse unanime : « Ici, personne ne roule à plus de 30 km/h, sauf les touristes. Et eux, ils ont qu’à faire gaffe. »
La mairie joue la montre (littéralement)
Face à ce rejet massif, le maire, Paul-Marie Poli, a annoncé une décision solennelle : « On refera un vote dans 10 ans. Comme ça, tout le monde aura le temps d’y réfléchir. »
« Dix ans, c’est le temps qu’il faut pour qu’une idée fasse son chemin », explique-t-il. « Et puis, d’ici là, le feu rouge sera peut-être obsolète. Ils inventeront bien un truc nouveau, non ? »
Certains y voient une stratégie politique avisée. D’autres, une simple habitude insulaire : « Pourquoi se presser ? »
L’avis des experts
Un ingénieur des Ponts et Chaussées, de passage en vacances, a tenté d’expliquer les bienfaits d’un feu rouge : « Ça fluidifie le trafic, ça réduit les accidents… »
« Mais ici, le trafic, c’est deux voitures et un tracteur par jour ! », lui a rétorqué Thérèse, la tenancière du bar. « Et les accidents, on les règle entre nous, autour d’un verre de myrte. »
Un sociologue a, lui, salué « un bel exemple de résistance à l’uniformisation » : « Sant’Antone-di-Più-Macchia prouve que le progrès n’est pas une fatalité. Parfois, le bon sens vaut mieux qu’un panneau lumineux. »
Épilogue : et si le vrai feu rouge, c’était nous ?
Finalement, ce référendum aura au moins eu le mérite de soulever une question philosophique : à quoi bon un feu rouge, quand on a déjà le bon sens, la patience, et un carrefour où tout le monde se connaît ?
En attendant 2035, les habitants de Sant’Antone-di-Più-Macchia continueront de gérer leur circulation à la corse : avec un sourire, un geste de la main, et parfois, un petit coup de frein sec pour les touristes pressés.
« Et puis, dans 10 ans, on avisera », conclut le maire. « Peut-être qu’on votera pour un passage piéton. Ou pas. » (Spoiler : ce sera « ou pas ».)

