Une équipe de scientifiques du CNRS (France) et de l’IRSC (Institut de Recherche en Sciences Culinaires du Canada) vient de réaliser une percée qui pourrait bien changer nos petits déjeuners à jamais : une machine capable de faire pousser des crêpes, comme on cultive des champignons. Le prototype, baptisé « Crêp’Innov », utilise une combinaison de biotechnologie et de fermentation contrôlée pour produire des crêpes fraîches, prêtes à être dégustées. Et surprise : le sirop d’érable s’avère être l’ingrédient clé pour optimiser leur croissance.
Une idée née d’un petit-déjeuner improvisé
Tout a commencé lors d’un séminaire scientifique à Québec, où des chercheurs français et canadiens discutaient des applications possibles des mycéliums (les « racines » des champignons) dans l’alimentation. « On cherchait à créer des textures nouvelles, et un matin, en voyant un collègue préparer des crêpes, on s’est dit : et si on pouvait les faire pousser au lieu de les cuire ? », raconte le Dr. Amélie Laurent, biochimiste au CNRS et co-autrice de l’étude.
L’équipe s’est alors lancée dans un projet fou : créer un substrat nutritif capable de faire croître une pâte à crêpe en quelques heures, en utilisant des micro-organismes modifiés pour reproduire la texture et le goût des crêpes traditionnelles. « On a testé des dizaines de combinaisons, mais c’est quand on a ajouté du sirop d’érable que tout a changé », explique le Pr. Jean-Marc Boudreault, de l’IRSC. « Les sucres naturels du sirop ont accéléré la fermentation et donné aux crêpes une saveur légèrement caramélisée. C’était parfait. »

Comment ça marche ?
La machine « Crêp’Innov » ressemble à un croisement entre une étuve de laboratoire et une crêpière futuriste. Voici les étapes clés du processus :
- Un mélange de farine, de levures modifiées et de nutriments est versé dans un bac stérilisé.
- Le sirop d’érable est ajouté comme catalyseur : ses enzymes activent la croissance des micro-organismes, qui transforment la pâte en une fine couche homogène.
- En 6 à 8 heures, une crêpe se forme naturellement à la surface du substrat, prête à être détachée et dégustée.
- Un système de contrôle climatique maintient une température et une humidité optimales pour éviter les « crêpes ratées ».
« C’est un peu comme faire pousser des champignons, mais en plus gourmand », résume le Dr. Laurent. « Et surtout, ça évite de devoir retourner la crêpe au bon moment ! »
Un goût validé par les experts
Pour valider leur invention, les chercheurs ont soumis leurs « crêpes cultivées » à un panel de dégustation composé de chefs étoilés, de nutritionnistes et de simples gourmands. « La texture est surprenamment proche d’une crêpe classique, avec une légère note umami due à la fermentation », commente la cheffe Émilie Mercier, qui a participé aux tests. « Et avec un peu de beurre et de sucre, franchement, c’est délicieux. »
Côté nutrition, les analyses montrent que ces crêpes sont plus riches en protéines et en fibres que leurs équivalents traditionnels, grâce aux micro-organismes utilisés. « Elles pourraient même être adaptées pour les régimes sans gluten ou vegan », précise le Pr. Boudreault.
Des applications qui font rêver
Si la machine en est encore au stade de prototype, ses inventeurs imaginent déjà des applications révolutionnaires :
- Des « fermes à crêpes » urbaines : « Imaginez des crêpes fraîches poussant dans des containers recyclés, en plein cœur des villes », s’enthousiasme le Dr. Laurent.
- Une solution pour les missions spatiales : « Pas besoin d’emporter de la pâte, juste des sachets de substrat et un peu de sirop d’érable. Les astronautes pourraient avoir des crêpes fraîches dans l’espace ! »
- Un nouveau marché pour le sirop d’érable canadien : « Si cette technologie se généralise, la demande en sirop d’érable pourrait exploser », se réjouit un porte-parole de la Fédération des producteurs acéricoles du Québec.
Et demain, des gaufres qui poussent toutes seules ?
L’équipe ne compte pas s’arrêter là. « On travaille déjà sur des gaufres et des pancakes », révèle le Pr. Boudreault. « Et pourquoi pas des madeleines ou des blinis ? Les possibilités sont infinies. »
Reste une question : les puristes accepteront-ils de manger des crêpes « cultivées » plutôt que cuites à la poêle ? « Au début, les gens étaient sceptiques avec les champignons cultivés en laboratoire. Aujourd’hui, tout le monde en mange », rappelle le Dr. Laurent. « Alors pourquoi pas des crêpes ? »
En attendant, une chose est sûre : le sirop d’érable n’a jamais eu un avenir aussi brillant.

