Paris, le 17 août 2026 – Après avoir épuisé les combinaisons possibles entre « cellule », « comité », « interministériel » et « crise », le Secrétariat général du gouvernement (SGG) a officiellement acté ce matin le lancement de #NommeMaCrise, un hackathon national destiné à externaliser la créativité ministérielle. « Les Français regorgent d’idées, et nous, on a autre chose à faire », a glissé un conseiller de Matignon, sous couvert d’anonymat, avant d’ajouter : « Enfin, surtout à gérer. »
Un appel à projets « urgent, mais pas trop »
L’initiative, présentée comme « une démarche innovante de co-construction citoyenne », répond à un constat accablant : la France a connu 23 réunions de crise d’envergure nationale depuis octobre 2025, et les services de communication de l’exécutif peinent à renouveler leur vocabulaire. « On a utilisé “vigilance rouge” pour la canicule, “urgence absolue” pour les incendies, et “suivi renforcé” pour les inondations… Il ne nous reste plus que “situation un peu tendue” », explique un haut fonctionnaire, visiblement las.
Le hackathon, doté d’un budget de 50 000 € (soit environ 0,0004 % du coût estimé des dernières catastrophes naturelles), s’adresse aux citoyens, aux startups, aux poètes, et même aux élèves de CM2 – « eux, au moins, ils n’ont pas encore été formatés par le jargon administratif », précise le dossier de presse. Les propositions pourront être déposées sur la plateforme nomme-mes-crises.gouv.fr jusqu’au 15 septembre 2026, date symboliquement choisie pour coïncider avec la fin des soldes d’été et le début des soldes d’hiver des crises.
Un cahier des charges aussi strict que flou
Pour être éligible, chaque nom devra respecter une charte linguistique précise, élaborée en collaboration avec l’Académie française et le ministère de la Culture. En voici les grandes lignes :
- Éviter les termes trop anxiogènes : « Apocalypse », « effondrement », « fin du monde » ou « c’est la merde » sont formellement proscrits. « On veut rassurer, pas paniquer. Enfin, pas plus que nécessaire », justifie un membre du jury.
- Privilégier les euphémismes : « Défis », « tensions », « enjeux » ou « opportunités de résilience » sont vivement encouragés. « Une crise, c’est juste un défi qui n’a pas encore trouvé sa solution », peut-on lire dans le guide du participant.
- Inclure au moins un acronyme prononçable : Les exemples validés par le SGG incluent la COGITO (Commission d’Optimisation des Gestes d’Intervention en Temps Opérationnel), la SYNERGIE (Système Ypér-Efficace de Réponse aux Grandes Incertitudes Économiques), ou encore la RÉSILIENCE 2.0 (« parce que la première version n’a pas marché »).
- Respecter la règle des 3C : « Court, Clair, et Compatible avec un communiqué de presse de 14h ». « Si ça tient en 280 caractères, c’est parfait », résume un conseiller en communication.
À l’inverse, certaines propositions ont déjà été rejetées en amont, comme « Réunion de crise sur la pénurie de réunions de crise » (« trop méta, et ça fait 17 syllabes »), « On est dans la merde » (« manque de solennité »), ou « La faute à Pascal » (« trop ciblé »).
Un jury de choc (et de fatigue)
Les contributions seront évaluées par un jury composé de :
- Un représentant du SGG (pour valider la faisabilité bureaucratique) ;
- Un membre de l’Académie française (pour vérifier que « crise » n’est pas utilisé plus de trois fois par phrase) ;
- Un influenceur LinkedIn spécialisé en personal branding (pour s’assurer que le nom « sonne bien en story ») ;
- Un prévisionniste de Météo-France (au cas où).
Les lauréats se verront offrir :
- Un stage d’une journée au SGG (« pour voir comment ça se passe en vrai ») ;
- Un déjeuner avec Sébastien Lecornu (« si son agenda le permet, ce qui est peu probable ») ;
- La gloire éternelle d’avoir contribué à nommer la prochaine catastrophe nationale.
Premières réactions : entre scepticisme et résignation
Du côté des observateurs, les réactions oscillent entre amusement et désabusement. « C’est le symbole d’un État qui a renoncé à résoudre les problèmes, mais pas à les baptiser », ironise un politologue contacté par nos soins. « Après tout, si on ne peut plus éviter les crises, autant leur donner des noms sympas », renchérit un twitto anonyme, dont la proposition « La Team France Crise » a déjà recueilli 12 000 likes.
Interrogé sur l’objectif réel de l’opération, un proche du Premier ministre a préféré rester évasif : « Disons que si ça permet d’éviter une 24e réunion d’urgence avant Noël, ce sera déjà ça. »
Pour participer : nomme-mes-crises.gouv.fr #NommeMaCrise #LaFranceACoisons #OnRecruteDesIdées

